03 février 2020

Retour sur la conférence de Raphaël BUYSE : « Madeleine, une figure contemporaine »

Retour sur la conférence de Raphaël BUYSE : « Madeleine, une figure contemporaine »,

le 26 janvier 2020, Ivry-sur-Seine.

  A l’occasion du deuxième anniversaire de la reconnaissance par l’Eglise, de Madeleine Delbrêl comme « vénérable », le Père Santier, évêque de Créteil, a souhaité nous offrir un temps pour se mettre à l’écoute de celle qui a su entre 1933 et 1964 vivre avec ses compagnes, l’Amour du Christ avec les gens ordinaires à Ivry, ville traversée par la pauvreté et par l’athéisme. Le dimanche 26 janvier 2020, à Sainte Croix du Port, Raphaël Buyse, prêtre diocésain de Lille, nourri par les écrits de Madeleine depuis 30 ans et fondateur de la fraternité des Parvis à Lille, nous a montré comment cette femme peut être encore aujourd’hui une bonne nouvelle pour nous, « une nouvelle qui fait du bien » ! Après sa foi naïve de petite fille, avec le dynamisme de sa jeunesse, elle écrit « Dieu est mort, vive la mort » ! Combien de nos contemporains, ainsi, jeunes ou moins jeunes, ne trouvent pas de sens à leur vie… Son affirmation est très actuelle ! Savons-nous accueillir le doute de nos contemporains et nous laisser toucher sans trop vouloir rassurer à bon compte ? Ne donnons pas de réponses aux questions que les gens ne posent pas mais écoutons-les mieux ! Madeleine dit avoir été « éblouie par Dieu » dans sa prière. Discrète sur cette expérience fondatrice, cela nous dit le mystère de la présence du Dieu au fond de chacun. Cela nous invite à être très attentifs à la vie des gens et à mettre au jour ces petits éblouissements qui se passent dans leur vie : Soyons des révélateurs. Commençons par « sauver la proposition de l’autre » ! « En lisant et en réfléchissant j’ai trouvé Dieu et en priant j’ai cru que c’est Lui qui me trouvait. » Un bel équilibre : la raison se conjugue à l’action de Dieu. Madeleine, comme tout un chacun, porte les soucis de sa famille qui peuvent venir modifier nos rêves. « Les menues circonstances de la vie sont nos maitresses ». Comment laissons-nous le réel nous conduire ? Vivre une fidélité du quotidien car Dieu est proche : « Mon Dieu si vous êtes partout, comment se fait-il que je sois si souvent ailleurs ? » Madeleine va accueillir, consentir à la vie car il n’y a pas de petits événements abandonnés par Dieu ! Madeleine vivra l’aventure d’Ivry en équipe avec ses compagnes au 11 rue Raspail car, dit-elle « Si on se met en équipe, c’est pour nous aider à devenir bons comme les enfants du bon Dieu ! ». « Le témoignage d’un seul, porte qu’on le veuille ou non, notre signature. Celui d’une communauté, la signature du Christ », dit-elle pour confirmer la nécessité de se mettre en équipe à l’écoute. Si l’on souhaite la canonisation de Madeleine, ce n’est pas pour la mettre dans une boite, comme un papillon, mais pour mettre en évidence toutes les couleurs de ce « papillon » qu’elle fût et pour dire que tant d’hommes et de femmes sont aujourd’hui habitées par tant de couleurs à dévoiler. Madeleine choisit d’aller jouer avec les couleurs de l’Evangile à Ivry. Quels sont les papillons, les couleurs de l’Evangile qui marquent nos vies ? La mission de l’Eglise, ce n’est pas de faire de la représentation. Mais pour Madeleine nous devenons celui que nous aimons. Nous devenons le corps eucharistique. Il n’a pas d’autres mains que nous. Il n’a pas d’autre bouche que la nôtre. A Ivry, lorsqu’elle choisit de s’y installer avec ses deux compagnes, il y a deux mondes, deux villes dans la ville : le monde autour de la mairie et le monde autour de l’Eglise. Madeleine est une femme des chemins de fer, elle aime bien les aiguillages ! Elle aime faire se rejoindre les chemins. Et ce témoignage est important pour nous aujourd’hui. Comme nous y invite le Pape François, allons rejoindre les périphéries dans cette même intuition, aujourd’hui. Madeleine témoigne d’une Eglise qui sort de chez elle ! « Nous sommes le tout petit doigt d’un immense corps ». Elle rencontre les communistes d’Ivry, comme Jésus dans l’Evangile, « Il le regarda et Il l’aima » : il s’agit d’apprendre à aimer la vie, même sous des formes qui nous sont étrangères. Elle approuve et défendra à Rome l’intuition des prêtres ouvriers lancés pour aller à la rencontre de ceux pour qui « Dieu est mort ». Madeleine sent l’urgence du dialogue : « Nous sommes trop sous le régime des autorisations et pas sous le régime de l’Autorité. » Ne nous conduisons pas en Eglise comme des petits soldats… Madeleine a participé aux intuitions qui ont porté le concile Vatican II en « refluant vers les évêques ce que nous portons du monde », invitation à nous mettre dans cette posture pour participer à l’Eglise d’aujourd’hui, comme nous y invitent les synodes dans plusieurs diocèses. Un grand merci à Raphaël Buyse d’avoir pris les mots de Madeleine pour nous inviter à poursuivre ce chemin qu’elle a tracé avec ses compagnes. Le projet de la maison de Madeleine Delbrêl qui ré-ouvrira ses portes le 15 mai 2020 s’inscrit, nous le souhaitons, dans cette trace et nous invite à la poursuivre aujourd’hui.

Marie-Noël BRELLE, d’après les notes d’Yves PETITON

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